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Chevaux mutilés : « Cela évoque des rites sataniques »

Alors que les actes de cruauté envers les chevaux se multiplient en France, Jean-Pierre Digard, spécialiste des animaux domestiques (*), directeur de recherche au CNRS et membre de l’Académie de l’agriculture, revient sur l’évolution de la place du cheval dans notre société et dans l’imaginaire collectif.

Oreilles coupées, mutilations d’organes génitaux, lacérations… Près de la moitié des départements français ont connu des attaques de chevaux dernièrement. Pourquoi ces actes de cruauté choquent-ils bien au-delà du milieu équestre ?

Cela tient à l’attachement des Français pour le cheval : des études ont montré que dans le baromètre de l’affection pour les animaux, il arrive en 3e position, juste après le chien et le chat. Mais parmi les animaux que l’homme a domestiqués, le cheval a une place à part. Au contraire du chat ou du chien, il ne sera jamais un intime de l’homme. Le cheval est un animal peureux, sa principale défense est la fuite. Il est aussi d’un maniement très compliqué.

Comment expliquez-vous que l’on puisse s’en prendre à ces animaux, les maîtriser, les agresser, le tout de nuit ?

Le plus probable, c’est que ceux qui ont commis ces atrocités connaissent bien les chevaux. Je ne vois que cela pour expliquer ces faits. Mais ce qui manque, ce sont des raisons objectives de s’en prendre ainsi aux équidés. Si ces personnes s’en prenaient à des chevaux de corrida, par exemple, on aurait une explication, mais il ne s’agit pas de cela.

Malgré la dispersion des cas sur le territoire français, le mode opératoire semble le même. Comment peut-on l’expliquer ?

« En effet, on retrouve des oreilles droites coupées, des lacérations au niveau des flancs, des mutilations des parties génitales. Des actes de barbarie qui peuvent évoquer des rites sataniques. »

De quoi le cheval est-il le symbole ?

Il est à la fois un symbole maléfique, qui évoque les forces du mal et les ténèbres, et un animal valorisé, car il sert l’homme. Le cheval, c’est l’instrument de la force, de la gloire, de la vitesse. On est reconnaissants à cette bête énorme de se montrer docile, de se laisser monter, de partir au galop quand on le lui demande. C’est aussi pour cela que ces attaques ignobles perturbent tant. Le symbole est écorné.

Des attaques comparables ont-elles déjà eu lieu dans l’histoire ?

Non, à ma connaissance c’est une première. Il n’existe aucune trace de rites antiques qui se rapprocheraient de ce que l’on connaît actuellement. Dans l’Antiquité, on tuait certes le cheval au décès du cavalier, mais il s’agissait de les inhumer ensemble, ce qui était un honneur pour l’animal.

Il n’y a pas si longtemps, on mangeait encore de la viande de cheval…

C’est vrai. Toutefois, on ne l’a pas mangée très longtemps au cours de l’histoire, car l’hippophagie a d’abord été interdite par l’Eglise, qui la considérait comme une survivance de rituels païens. Puis on a commencé en Europe à manger du cheval à partir du milieu du XIXe siècle, sous l’impulsion de deux hommes : le naturaliste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et le vétérinaire militaire Émile Decroix, l’un des fondateurs de la SPA. Leur but était double : à la fois nourrir la population ouvrière qui augmentait et en finir avec la souffrance animale, les chevaux étant souvent exploités jusqu’à leur dernier souffle avant de mourir en pleine rue sous les coups des charretiers.

Avec la motorisation des transports, de l’agriculture et des armées, le cheval est ensuite passé de la sphère de l’utilitaire et du travail à celle des loisirs. Les activités équestres ont explosé. Le statut du cheval est devenu celui d’un animal de compagnie. On peut donc dire que les motivations sentimentales sont la cause principale du déclin de l’hippophagie.

De nombreuses enquêtes de gendarmerie sont actuellement menées et l’on résoudra peut-être prochainement l’énigme. De votre point de vue, quelles hypothèses sont envisageables ?

« C’est difficile à dire. On peut penser pourquoi pas à une vengeance de classe, le cheval étant connoté comme animal des riches. Ce n’est en réalité plus vrai, car l’équitation s’est massifiée depuis les années 60. »

Si ce n’est plus un sport de riches, c’est un sport de femmes : jusque dans les années 50, le cheval était un animal de militaire, d’aristocrate, d’homme en tout cas. Désormais, l’équitation est un loisir à 80 % féminin, pratiqué essentiellement par des petites filles.

Doit-on y voir une piste ?

Pourquoi pas. Les filles montent à califourchon sur cet animal, faut-il imaginer que des machos ne le supportent pas ? À ce degré de dinguerie, on peut tout imaginer…

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