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Comment expliquer que les femmes soient plus résistantes au coronavirus ?

  • Beaucoup d’études dévoilent que les femmes sont moins gravement impactées par le coronavirus que les hommes.
  • Comment expliquer cette moindre vulnérabilité ? Des facteurs de risque aux hormones, plusieurs hypothèses sont explorées. Et pourraient aider à avancer sur un traitement.
  • 20 Minutes explore les diverses données sur ce « biais de sexe » avec deux chercheurs spécialistes de la question.

Même si les données évoluent vite et n’ont pas fini de nous surprendre, il est une information qui semble assez solide : les hommes souffrent davantage de ce nouveau coronavirus que les femmes. Autant sur les cas graves que sur la mortalité, ils sont surreprésentés. Plusieurs hypothèses peuvent éclairer ce « biais de sexe ».

Des chiffres percutants

D’après un bilan publié par Santé Publique France le 23 avril, depuis le 16 mars, 73 % des cas de Covid-19 en réanimation étaient des hommes. « Selon les chiffres disponibles, 64 % des morts du Covid-19 en Italie sont des hommes, 58 % en Allemagne et 61 % en France », souligne Jean-Charles Guéry, directeur de recherche à l’Inserm , au Centre de recherche en physiopathologie de Toulouse Purpan. Un décalage lisible dans tous les pays, comme le dévoile ce graphique de Statista.

« Cette différence hommes/femmes n’est pas spécifique à ce virus, détaille Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS. En général, l’immunité chez les femmes est meilleure dans le Sras, le Mers et les autres coronavirus. »

Mais aussi pour la grippe. « Ainsi, quand on vaccine les femmes, la production d’anticorps est plus élevée et de meilleure qualité que chez les hommes, renchérit Jean-Charles Guéry, qui travaille sur les différences entre les sexes dans les mécanismes du système immunitaire. Au point que quand vous vaccinez une femme avec une demi-dose, elle aura la même réaction qu’un homme qui a reçu une dose pleine. »

Les facteurs de risque plus présents chez les hommes

Comment expliquer que les femmes soient moins fragiles par rapport à ce coronavirus ? La première des hypothèses s’appuie sur les facteurs de risque. « Les comorbidités connues pour cette maladie, hypertension, maladies cardio-vasculaires, diabète, touchent davantage les hommes que les femmes, mais également des hommes plus jeunes », poursuit Morgane Bomsel, spécialisée dans la recherche sur les muqueuses à l’Institut Cochin.

Une piste à nuancer. Car ces facteurs de risque nous ont laissé quelques surprises… Sur le tabac notamment. Si dans un premier temps, on imaginait que les hommes mourraient davantage du coronavirus parce qu’ils fumaient bien plus que leurs compagnes (surtout en Chine, où selon cet article de TV5 Monde, 50 % des hommes fument contre 2 % des femmes), les récentes découvertes sur un éventuel effet protecteur de la nicotine contredisent cette hypothèse. Deuxième constat intéressant :  une large étude islandaise, pays qui a largement dépisté sa population, a montré que même chez les jeunes, entre 20 et 30 ans, on retrouve moins de femmes positives au coronavirus que d’hommes. « Or, les jeunes ont moins de risque d’avoir des comorbidités, analyse Jean-Charles Guéry. Un argument pour dire qu’il y a un facteur biologique qui serait impliqué dans ce biais de sexe. »

La piste hormonale

Justement, plusieurs spécialistes assurent, depuis des années, que les hormones féminines auraient un effet protecteur pour la santé des femmes. Protection qui s’appliquerait en général aux infections et en particulier à ce nouveau coronavirus. « Une étude publiée en 2017 par une équipe américaine s’intéressait à des souris infectées par le Sars-CoV-1, pour lesquelles il n’y a pas de facteur de comorbidité. Les souris mâles sont sensibles à l’infection, alors que les femelles résistent parfaitement. Les souris mâles castrés restent toujours aussi sensibles au Sars, ce qui montre que les androgènes ne sont pas des facteurs aggravants. En revanche, quand on enlève les ovaires aux femelles ou qu’on leur donne un traitement pour supprimer l’action des œstrogènes, elles vont développer une infection pulmonaire comme les mâles. Cela montre que les œstrogènes sont protecteurs. »

Une découverte de longue date, mais qui pourrait s’avérer particulièrement utile dans la lutte contre le coronavirus. Deux études américaines sont lancées en cette fin avril pour tester ces hormones féminines comme « traitement ». En effet, à New York, une centaine de patients, hommes et femmes de plus de 55 ans, recevront des injections d’œstrogène. A Los Angeles, c’est la progestérone qui sera testée, à court terme, sur des hommes atteints du Covid. Mais les chercheurs mettent en garde : ces hormones ne sont sans doute pas la potion magique espérée… En effet, comment expliquer qu’après la ménopause, même à 90 ans, cette différence entre sexes persiste ? « On ne naît pas à 60 ans, une femme âgée a accumulé toute une histoire immunitaire commencée in utero », assure Morgane Bomsel.

Deux chromosomes X

Mais la piste hormonale n’est pas la seule à être explorée. Une troisième hypothèse est avancée par les chercheurs : celle de la génétique. « En ce qui concerne les virus à ARN (VIH, influenza, coronavirus), un gène est important pour promouvoir une réponse des anticorps, le TLR7, un gène porté par le chromosome X, précise le chercheur de l’Inserm. Or, les femmes ont deux chromosomes X, les hommes un seul. Ce récepteur va être activé pour envoyer des signaux et déclencher une réponse immunitaire adaptée. Quand on enlève ce gène sur une souris, on voit des réponses immunitaires de moins bonne qualité… et on constate que cette différence entre mâles et femelles n’existe plus. »

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