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Covid-19 : les libraires, des commerces (finalement) de première nécessité.

Ce jeudi matin, sur France Inter, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a annoncé qu’il allait étudier, avec son homologue de la Culture, une réouverture des magasins de livres «sous conditions».

Les débits de tabac, ouverts. Mais les librairies, fermées? Ce jeudi matin, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a été interpellé par les auditeurs de France Inter sur l’incongruité de la situation et la distinction pas toujours claire entre «commerces de première nécessité» et les autres.

Interrogé notamment sur le fait que le géant américain Amazon pouvait continuer à livrer les Français en ouvrages divers et variés, tandis que les libraires indépendants devaient baisser le rideau depuis le week-end dernier, le ministre, par ailleurs écrivain lui-même, a donné son sentiment : « Les librairies sont un commerce de première nécessité, c’est ma conviction ». Et d’annoncer qu’il allait, avec son homologue à la Culture, Franck Riester, étudier la possibilité de rouvrir les librairies, « sous conditions », a-t-il martelé. En clair, fini la flânerie. Les lecteurs pourraient, un à un, entrer dans l’échoppe et acheter un ouvrage ciblé au préalable.

Marie-Rose Guarnieri, de la librairie des Abbesses à Paris (XVIIIe), se verrait bien ouvrir « au moins quatre heures par jour – deux heures le matin, deux heures l’après-midi ». Elle pourrait travailler « toute seule, sans mes salariés que j’ai mis tout de suite au chômage partiel, pour que les gens qui ont envie de lire, qui ont besoin de livres, aussi, pour leurs enfants, puissent y accéder en rentrant un par un avec des conditions sanitaires exigeantes. » « Je trouve que c’est essentiel, vraiment, que les gens puissent avoir accès à des livres. Même s’ils en ont chez eux, ils peuvent avoir envie de s’offrir une nouveauté. »

Le trou financier s’annonce terrible

Et puis il y a le volet économique. « Je vous le dis très concrètement, moi, je paye les livres de Noël en mars, ce qui représentera, sans chiffre d’affaires, 38000 euros à la fin du mois. Fin avril, ce sera 30000 euros. Même si on nous dit que l’on peut différer ces paiements, je ne récupérerai jamais 70000 euros en rouvrant ma librairie je ne sais quand. » Le trou financier s’annonce terrible.

« La librairie, c’est de l’artisanat, poursuit Marie-Rose Guarnieri. Si vous creusez les dettes et que vous n’ouvrez pas, et que vous ajoutez les dettes fiscales comme l’Urssaf qui vont tomber ensuite, là, même en ouvrant jour et nuit, ce trou, vous n’arriverez jamais à le remonter. Je suis évidemment très anxieuse de cette situation et encore, je ne suis pas la plus à plaindre, ma librairie marche bien. Je vais pouvoir assurer les salaires de mon équipe. Mais il y a des confrères pour lesquels, si vous arrêtez leur activité, vous les tuez. »

« Nous sommes contre la réouverture, rebondissent Karine Henry et Xavier Moni, de la librairie Comme un roman, à Paris (IIIe). C’est n’importe quoi de proposer ça. C’est une responsabilité considérable de faire prendre des risques aux employés et aux clients. On est en confinement, donc nous respectons les mesures nécessaires et vitales. »

«Amazon continue les affaires comme si tout était comme avant»

Et Xavier Moni, par ailleurs, président du Syndicat de la librairie française (SLF), d’interpeller Bruno Le Maire. « Il ferait mieux de régler le problème d’Amazon qui continue les affaires comme si tout était comme avant, non ? C’est ça le problème. » Dès ce mercredi soir, le SLF s’émouvait : « Si la vente de livres en librairie n’est pas indispensable à la vie de la nation, pourquoi la vente de livres par Amazon ou en hypermarché l’est-elle ? »

Le syndicat précise que, depuis les annonces de confinement, les librairies « sont une très large majorité à avoir également suspendu tout service de retrait et de livraison et renoncé à une ouverture lorsque la vente d’autres produits comme la presse les y autorisait ». « Ces décisions représentent un sacrifice financier mais les libraires le font en responsabilité. Ils sont conscients du manque à gagner pour les auteurs et les éditeurs et le compenseront par un engagement décuplé lorsque cette crise sera surmontée. »

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