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Une deuxième vague inévitable… et pas forcément liée au Covid ?

Alors que beaucoup s’inquiètent d’une éventuelle deuxième vague de coronavirus, certains alertent sur l’arrivée massive dans les hôpitaux de patients, autres que Covid, dans un état grave.

  • Il n’y a pas que le coronavirus dans cette période qui fragilise et qui tue.
  • Les patients atteints de maladies chroniques, de cancers, mais aussi de troubles psychiatriques ont, pour une partie, interrompu ou allégé leur parcours de soins pendant le confinement.
  • Au point que soignants et associations de patients craignent une embolie des services de santé, due à l’arrivée de patients autres que Covid, mais également de bien portants qui auraient développé des problèmes physiques comme psychiques.

« Ce qui me fait vraiment peur dans le déconfinement, c’est le deuxième effet kiss cool : de nombreux patients se sont abstenus de consulter et vont revenir à l’hôpital, anticipe Carla, infirmière dans le Val-de-Marne. Ce qui va représenter, à nouveau, une charge de travail colossal ». Une inquiétude partagée par de nombreux soignants, qui ont alerté sur les conséquences dramatiques d’un renoncement aux soins pour les autres malades que ceux qui souffrent du Covid.

En ce cinquième jour de déconfinement (très progressif), les mises en garde du gouvernement se poursuivent. Le risque d’une deuxième vague de l’épidémie de coronavirus n’est pas une chimère et nos voisins allemands l’expérimentent déjà. Mais même si cette nouvelle maladie ne repart pas à la hausse, il est probable que le système de soin soit mis à l’épreuve d’une deuxième vague, constituée des malades chroniques qui ont interrompu leur traitement, mais aussi de patients atteints de troubles psychiatriques et pour qui le confinement a été une épreuve terrible.

Une deuxième vague, Covid ou non

« Une deuxième vague est à craindre, regrette Gérard Raymond, président de France Asso Santé, union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé. Est-ce que ce sera un pic catastrophique ou est-ce que ce sera gérable, la question est là. »

Pourquoi ces inquiétudes ? « Le renoncement aux soins a été pour nous une grande préoccupation pendant le confinement, reprend Gérard Raymond. Malheureusement, on voit aujourd’hui arriver à l’hôpital des patients avec des complications de pathologies chroniques parce que pendant deux mois, certains ont pratiqué l’automédication, interrompu leur traitement, ou la peur du Covid a freiné leur suivi. » Selon un sondage mené par France Asso Santé auprès de ses adhérents, deux tiers de ceux qui ont interrompu leur parcours de soins l’ont fait par peur d’être contaminés dans un cabinet médical ou à l’hôpital, et un tiers parce qu’ils estimaient que leur soignant avait plus urgent à faire…

Mais depuis un mois environ, médecins, associations de patients et jusqu’à  Emmanuel Macron le lundi de Pâques ont alerté sur ce risque. Y a-t-il eu des effets ? Oui, selon les médecins que nous avons pu interviewer. « On a vu un virage dans nos cabinets, les patients reviennent et c’est encore plus vrai depuis lundi », rassure Franck Duvulder, président des Spécialistes CSMF, premier syndicat de spécialistes. « On peut penser qu’il y a un retour aux soins, renchérit le président de France Asso Santé. Mais ce qu’on constate, c’est que le mal est fait. Certaines décompensations ou complications sont déjà visibles, pour le diabète et les maladies cardio-vasculaires essentiellement. »

Mais pour de nombreux observateurs, cette période exceptionnelle a aussi permis une réorganisation des services, essentielle pour mieux réagir à l’avenir. « Il y a eu une véritable révolution dans la coordination des soignants et une impressionnante réactivité, rassure Gérard Raymond. Si on veut pouvoir assumer la deuxième vague, qu’elle soit Covid ou pas, il faut continuer dans cette voie : écouter davantage les équipes de terrain, adapter l’offre aux besoins des équipes soignantes. Et il faudra assez rapidement réécouter les usagers de la santé. »

Les blocs bloqués

Si beaucoup de patients ont retrouvé le chemin de l’hôpital ou un lien avec leur généraliste, il est un espace qui reste peu accessible : le bloc opératoire. En effet, le plan blanc élargi, qui a provoqué la déprogrammation des opérations non urgentes, est toujours d’actualité, même si Olivier Véran a permis quelques assouplissements, notamment pour les opérations liées au cancer. Les sociétés savantes, associations de médecins de toutes les spécialités, ont appelé la semaine dernière à lever progressivement ce plan blanc élargi.

« Tous les blocs de France et de Navarre travaillent à moins de 50 %, explique Franck Duvulder, président des Spécialistes CSMF. C’est raisonnable pour les quinze premiers jours de déconfinement. Ce qu’on demande, c’est que nous mettions les conditions en place pour passer de 50 à 75 % sur la deuxième quinzaine. Et à partir de juin, qu’on reprenne normalement, pour permettre de rattraper les personnes qui n’ont pas pu être dépistées ou opérées. » Car si, par exemple, une femme qui devait se faire poser une prothèse de hanche doit attendre six mois, elle peut tomber, se facturer un os et devenir dépendante.

Quels stocks pour les produits anesthésiants ?

Le tout avec deux soucis de taille. D’une part, comment faire s’il faut réellement gérer une deuxième vague d’épidémie du Covid ? « La première fois, on était tous à plein régime, et on a montré qu’en moins de 48 heures, on pouvait vider nos cliniques privées, rétorque ce gastro-entérologue à Reims. Aujourd’hui, après cette expérience, on est capable de réagir encore plus vite. »

Mais le deuxième frein s’avère peut-être plus coriace. La pénurie de produits anesthésiants, nécessaires pour endormir les patients, freine forcément l’activité du bloc opératoire. « On estime que l’augmentation de l’utilisation de ces anesthésiants atteint + 2.000 % au niveau mondial. » Impossible, donc, d’importer ce produit en période de pandémie. « Notre demande, c’est de savoir où on en est ? Quels produits manquent ? », insiste-t-il.

Le risque de problèmes psychiatriques en hausse

Pour Gérard Raymond, de France Asso Santé, l’étude des conséquences à long terme de cette parenthèse sur les chances de guérison et de survie des patients chroniques et des personnes handicapées sera fondamentale. Plusieurs études internationales et françaises ont été d’ailleurs lancées, notamment celle baptisée Coclico . « Il ne faudrait pas qu’à la sortie, on se rende compte que les maladies périphériques au Covid ont fait davantage de morts ! » L’autre alerte concerne la population générale. Car cette période a pu retarder certains diagnostics, une perte de chance dramatique quand il s’agit de maladies graves, des prises en charge de kiné qui laissent des séquelles, une automédication dangereuse…

Une inquiétude qui porte autant sur la santé physique que psychique. De nombreux psychiatres avertissent depuis quelques semaines sur le risque de voir le nombre de suicides, d’addictions, de crises d’angoisse se multiplier. D’autant que certains, diagnostiqués ou non, ont tenu bon le temps du confinement, mais commencent à affluer dans les services psychiatriques depuis lundi. Une enquête internationale, à laquelle participe l’Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé (IRDES), se penche sur l’impact des politiques de confinement sur la santé mentale dans le grand public. « Il sera important de voir l’état de santé général à la sortie de cette crise et à l’avenir », assure Gérard Raymond.

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